Zanzibar z’en Tanzanie

18 au 27 novembre 2018

2h30. Du matin. Pas vraiment une heure décente pour débarquer avec des enfants. Sans doute le personnel de l’aéroport en est-il conscient puisqu’il nous fait quitter la file au débarcadère et nous dirige vers un petit salon pour VIP avec canapés et coussins colorés, où une autre famille est déjà occupée à remplir les formulaires d’entrée et de visas. Un homme s’occupe de nous tout particulièrement. À ce moment-là, on ne sait pas trop si nous sommes servis comme des rois ou mis de côté pour extorsion. Le contrôle des passeports et le paiement des visas se passent normalement, l’homme nous accompagne jusqu’à la sortie, porte même nos sacs pour les faire passer au scanner, et nous souhaite un bon séjour. Nous sommes gênés de notre défiance ; je lui propose un pourboire, qu’il refuse. Du jamais vu !

Nous dormons à l’hôtel juste en sortie d’aéroport à Stonetown, et un taxi vient nous chercher le lendemain pour Nungwi, tout en haut de l’île de Zanzibar : aussi grosse que l’île d’Orléans, mais beaucoup plus peuplée. Comme partout en Afrique, la vie s’organise autour de la route, mais à présent toutes les femmes sont voilées, le plus souvent en noir, tandis que les hommes sont vêtus soit de robes blanches immaculées, soit pantalon et T-shirt pour la plupart.

La route est goudronnée sur toute la hauteur de l’île, mais pas forcément sur ses largeurs. Ainsi, lorsque nous quittons la route pour nous enfoncer sur un chemin de terre défoncé, où la voiture tient presqu’entièrement dans chaque trou, je ne pensais pas que nous nous dirigions vers le centre de Nungwi ; ni vers les beaux hôtels ; ni vers les plages de sable blanc et eau turquoise ; et pourtant si ! Nungwi est l’endroit le plus touristique de l’île, et même le Hilton n’a pas de route pour s’y rendre. Les Tanzaniens ne voient pas le gouvernement comme une entité qui est là pour leur faciliter la vie, ni même l’organiser. Le manque d’infrastructures est normal.

Nous n’allons pas au Hilton, mais à Casa Carlotta où nous avons réservé une petite maison pour 6 jours. Notre logement jouxte celui des propriétaires : un italien et une tanzanienne, robe moulante et décolleté, clairement pas musulmans.

La Casa est super chouette, avec une belle entrée décorée, au sable peigné, mais se situe en plein milieu d’une décharge : un carré de terre resté vierge entre les bâtisses de parpaings à moitié finies, sur lequel les poules, les oies et les détritus se répandent. Du coup, la Casa, propre et bien tenue, fait un peu tâche dans le quartier.

En même temps, on pourrait difficilement être mieux placés : les deux supermarchés et le boulanger sont à gauche ; la plage est tout droit après la grand-place, immense espace vide qui se remplit d’écoliers joueurs de foot en fin d’après-midi, et de vaches ou de chèvres le reste du temps, sur fond de muezzin crié par haut-parleur.

Des tas de taxis sont stationnés aux abords de la plage et nous demandent si on veut aller à Stonetown demain ? Ou visiter des fermes d’épices ? Sur la plage, on nous demande si on veut faire un Sunset Cruise ce soir ? Du snorkeling peut-être ? Des colliers ? Des noix de coco ? Y’en a même un qui m’a proposé de la marihuana direct…

La plage est magnifique ! Vraiment magnifique ! Tu as juste envie de te planter là, l’admirer un instant, puis plonger dans l’eau chaude

Du coup, l’offre d’Amiko pour nous louer des transats sous parasol est trop tentante ! Et nous prenons nos quartiers au restaurant juste à côté, le Wave’s, qui fait des cocktails de fruits qui déchirent ! Ils nous ouvriront même une ardoise pour nous éviter d’avoir à venir à la plage avec de l’argent.

Zoé, munie de ses flotteurs, prend plaisir pour la première fois vraiment au snorkeling et, tous munis de nos masques et tubas, nous nageons jusqu’à la limite du fond algué pour nous extasier sur les petits poissons qu’on entend croquer du corail, ou sur les petits bernard l’hermite qui fuient devant nous. Pas de quoi se surexciter, mais pour une première expérience en famille, tip-top ! On se mange aussi un super coup de soleil.

Finalement, on réserve le Sunset Cruise, mais Anne-Laure insiste pour avoir un Dhow, les barques traditionnelles

Ramadhany, le pote d’Amiko qui vend les tours, nous regarde un peu bizarrement mais ne discute pas : comme il nous l’a bien fait comprendre, il a faim en ce moment. Il accepterait n’importe quoi. Donc au lieu des bateaux à moteur et solarium que nous voyons partir chaque jour à 16h emplis de touristes, Ramadhany nous recrute un pêcheur du coin qui ne parle pas un mot d’anglais, et son mousse dont le slip apparaît derrière le short qui n’est plus constitué que de minces fils usés. La coque du Dhow est creusée dans un tronc d’arbre massif, les deux balanciers sont tenus par des cordages, et la voile – un unique et immense triangle – plie le mât en arrière, comme s’il fendait le vent. C’est assez rapide, ces machins. Et maniables. Mais le fond de la coque est très étroit, les pieds ne tiennent pas côte à côte à plats. On a juste assez de place pour 4

Nous longeons les plages de Nungwi et découvrons tous les complexes hôteliers qui s’étalent les uns après les autres, tous très luxueux, et n’abimant pas trop le paysage, la plupart ayant des petits bungalows masqués derrière les palmiers.

Le soleil dore la surface de la mer et  descend doucement. Notre capitaine connaît son affaire et fait demi tour juste au bon moment pour nous faire revenir sur la plage 5 minutes avant le coucher et nous laisser prendre nos photos

Nous filons le lendemain vers la ferme d’épices, à une heure de taxi de Nungwi, vers Stonetown. Le truc est super bien organisé : un guide francophone nous accueille et cueille juste au-dessus de lui des feuilles pour nous les faire sentir… eucalyptus ? Puis il découpe une tranche de l’écorce… cannelle ! Il arrache enfin un bout des racines, qui sentent comme le camphre ; trois saveurs en un seul arbre, étonnant ! Tout le tour est à l’avenant, nous passons des caféiers aux vanilliers, gingembre, citronnelle, curcuma, girofle, ylang-ylang, jack fruit…

Les fruits et épices ont été plantés ici très rapprochés pour faciliter la découverte du touriste, mais dans les vraies fermes regroupées en collectivités, les plantations sont plus spécialisées. Un acolyte du guide nous accompagne tout le long et son seul but est d’amuser les filles ; il y parvient à merveille, leur fabriquant lunettes, couronnes, bagues, tout en feuilles et fleurs !

Suivent une démonstration de grimpette aux cocotiers

puis une dégustation de fruits, et nous claquons tout notre fric en parfums et épices frais.

Il existe une association qui protège les tortues à Nungwi, tout au bout de la plage : elle récupère les toutes jeunes tortues après qu’elles soient sorties de leur œuf mais avant qu’elles ne se fassent bouffer par les divers prédateurs, les élève en fratrie pendant un an, puis organise une grande fête où elle relâche à la mer les portées devenues grandes et fortes. Visiter leurs bassins permet de soutenir l’association et de nourrir les tortues en croissance.

On a longé toute la plage à marée basse pour y aller. Le soleil était bien haut, il faisait une chaleur à crever ; les algues exsudaient leur odeur vaseuse ; les vaches s’épanouissaient en groupe sur le sable ;

les pêcheurs réparaient la coque de leurs bateaux en faisant cramer du goudron : mélange de saveurs olfactives purement dégueu.

Les bassins d’élevage des tortues sont de toutes petites piscines, mais le grand bain où elles terminent leur séjour est creusé dans la roche et est alimenté naturellement par la mer, marées incluses : c’est là que les touristes peuvent jeter des paquets d’algues fraîches aux tortues quémandeuses. Les filles ont beaucoup aimé

Une race de tortues m’a bien plu, avec des carapaces enflammées rouges et noires, comme des peintures massaïs

Le retour par la plage a été moins pénible car il s’est mis à pleuvoir, une pluie chaude et courte. Et puis de toute manière les troupes étaient motivées par les cocktails de fruits qui nous attendaient à notre arrivée au Wave’s !

On a fait du Paddle Board aussi, fièrement érigés sur nos planches, Zoé à mes pieds et Lily à ceux d’Anne-Laure. On a longé la plage et les filles ont pris les pagaies un moment, Zoé restant assise et pagayant en rond.

Pour les soupers, nous avons testé tous les restaurants du coin : j’ai adoré le Baraka, qui étale son poisson super frais et te permet de choisir : thon ? Rouget ? Seiche ? Écrevisse ? Puis ils le grillent devant toi, et te le servent à table, les pieds dans le sable. Les filles ont préféré Mama Mia, restaurant italien, probablement pour leur fameuse pizza au Nutella, mais il faut avouer que leur service ultra-rapide – unique en Afrique – nous a sauvé bien des soirées où nous sortions un peu tard…

Après notre semaine de farniente, nous avons pris le ferry depuis Stonetown pour rejoindre le continent. On a fait le tour du vieux Stonetown avant de partir et nous n’avons pas regretté de ne pas y être resté plus longtemps.

Le ferry met deux heures à rejoindre Dar Es Salam, et nous avons dormi près de l’aéroport pour reprendre l’avion le lendemain matin vers le Kilimanjaro ; une escapade finale de 48 heures.

Anne-Laure avait réservé le Secret Garden à Moshi

avec une vue imprenable sur la montagne, située encore à plus d’une heure de là. Beaucoup de nuages en obstruaient la vue, mais avec un peu de patience on pouvait reconstituer la vision complète du pic enneigé. Les nuages semblaient glisser sur les pentes et couler d’une vallée à l’autre

Nous avons visité le centre de Moshi et son immense marché, pour y acheter encore quelques tissus africains et même faire coudre deux robes aux filles dans la foulée !

Le lendemain, nous sommes partis faire l’ascension du premier camp menant au Kilimanjaro : soit disant une marche de 8 heures aller-retour. Le tour devait démarrer à 9h, prendre 1h pour rejoindre le départ, et on mangerait au camp avant de redescendre.

Mais c’est l’Afrique.

Prévoyants, nous avons demandé à partir plus tôt, 8h30. Le guide était à l’heure, mais il fallait d’abord passer par la boutique pour nous pré-enregistrer. Ensuite, le trajet d’une heure en a pris près de deux. Puis il a fallu transvaser les bouteilles d’eau – interdites sur le site – dans des gourdes – que nous n’avions pas emmenées et qu’il a fallu louer à un prix débile, évidemment. J’adore l’Afrique. Puis il a fallu s’enregistrer, notre guide le faisait pour nous avec l’administration sur ordinateur pendant que nous remplissions un immense registre papier sûrement très utile.

Bref, à 11h++ nous partons pour l’ascension, avec aucune chance d’atteindre le camp et d’en revenir dans la journée. Le chemin est à couvert sous les arbres – fort agréable avec le soleil plombant – mais n’offre pas de point de vue sur le Kili avant le camp. Frustration. Tant pis, la balade est super chouette, le couvert végétal aux espèces variées, le guide sympa, les filles enjouées, et puis quand même : nous sommes au pied du Kilimanjaro ; mythique !

Nous nous arrêtons à mi-parcours pour déguster les boîtes à lunch que le guide avait emporté pour nous tous, et nous croisons les groupes de porteurs qui montent préparer le camp pour les grimpeurs, les vrais. On apprend qu’il faut engager 4 porteurs par grimpeur, au coût de 10$ par jour. Ils ont chacun un sac sur le dos et un autre sur la tête, emportant bouffe, tente, pour les 4 jours d’ascension et 3 de descente.

Nous, on redescend déjà, et pour compenser notre montée ratée, nous faisons un détour vers la cascade

En rentrant au Secret Garden, la vue sur le Kili est presque totalement dégagée

Nous repassons par le marché de Moshi récupérer les robes nouvellement cousues des filles, et nous passons ce soir notre dernière nuit en Tanzanie, notre dernière nuit en Afrique, après 3 mois de périple et 7 pays visités !

Demain, nous volons vers les Émirats arabes unis et Oman.


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