Victoria

10 au 17 novembre 2018

Les motivations pour voyager peuvent être pratiques, réfléchies, ou purement anecdotiques. J’aime bien le prénom Victoria. Aussi, les chutes aperçues quelques secondes dans un film il y a 20 ans m’ont donné envie de « voir pour vrai ». Alors voilà, juste pour ces raisons, notre voyage en Afrique devait absolument passer par ici. Et comme Kenya Airways divisait ses prix par 2 si nous faisions escale d’abord à Cape Town ; et que la Namibie était à un saut de puce du Cap ; voici comment un hasard pécunier nous a fait découvrir finalement les deux pays qui auront été nos préférés d’Afrique…

Bref, revenons au Zimbabwé et aux chutes Victoria : une grande étape, donc, que nous atteignons aujourd’hui.

Comme le pays est en crise financière, il faut prouver sa citoyenneté zimbabwéenne pour pouvoir utiliser la monnaie locale. En conséquence, tout étranger paye en dollars US. Point. Et le Zimbabwé n’est pas donné. C’est pourquoi nous avons réservé à l’endroit le moins cher, Shoestring backpacker, qui est situé juste en arrière du centre-ville, et depuis lequel on peut marcher jusqu’aux chutes.

Good plan!

Sauf que c’est un backpacker…

Nous arrivons après 20h et sommes trop heureux de voir qu’ils ont un comptoir où manger ! On commande une pizza et on occupe la seule table, entourée de canapés défoncés. La cuisine est ouverte jusqu’à minuit. Le bar aussi. On essaie la bière locale, la Zambezie, pas terrible. La musique tourne, jusqu’à minuit aussi nous assure-t-on. Et ils ont un billard ; les filles sont folles de joie : on l’étrenne de suite.

Il y a aussi une cuisine commune, avec une poêle noircie, deux assiettes creuses dépareillées : nous sommes invités à nous en servir tant qu’on veut…

La chambre familiale est petite mais fonctionnelle. Les clefs au Zimbabwé datent des années 70, on pourrait défoncer la serrure d’un coup de pied.

Sauf que la limite de minuit s’étire un peu, et jusqu’à 2h30 les fêtards chantent et crient. Anne-Laure ne dort pas.

Le lendemain matin, aucune envie de manger ici, ni rester une minute de plus ; cet endroit n’est juste pas fait pour une petite famille.

Le manager est très compréhensif, il accepte de nous rembourser si nous trouvons un autre endroit.

C’est la serveuse du café en ville qui nous recommande la pension « Premier Guest », très raisonnable, au calme, pas trop loin, propre, avec table et cuisine ; tout ce qu’il nous faut ! Le personnel est si charmant que nous réservons tous nos tours avec eux et que Zoé finit par les suivre partout, du ménage aux travaux de cimenterie.

Et couvrir la distance jusqu’au centre-ville nous permet de profiter des couleurs et senteurs des arbres ; on y retrouve le tiaré de Bora-Bora

Anne-Laure veut voir des hippopotames, donc off we go à 16h nous embarquons sur un petit bateau pour un Sunset Cruise, que nous attaquons au Gin Tonic, tandis qu’un éléphant prend son apéro de feuilles fraîches au bord du Zambèze. Les hippos montrent le bout du nez

les crocos aussi ; ambiance sympa, et coucher de soleil en prime, tout au fond du décor de palmiers

Le lendemain, nous sommes prêts à passer la journée aux chutes Victoria ! Nous avons acheté de quoi nous fabriquer des sandwiches avec le peu de choix qu’offraient les deux supermarchés de la ville – dont des rondelles de mortadelle rose fluo faute de jambon – et fait le plein d’eau dans un petit dépanneur, seul endroit à en avoir encore ; les supermarchés n’en vendaient pas.

L’entrée aux chutes est discrète : un guichet, trois panneaux explicatifs. Sommes-nous vraiment aux portes de cette merveille du monde ? Ils n’ont pas de plan de l’endroit à nous donner ; seule une carte peinte sur le mur montre la direction à suivre.

On retarde encore un peu notre rencontre avec l’eau bruyante en faisant le tour, saluant la statue de Livingstone au passage, et on débouche alors face à la longue vallée dans laquelle se jette les chutes Victoria

Nous sommes en période de sécheresse, il y aurait donc moitié moins d’eau qu’à l’habitude, mais de là où nous sommes, ça gicle fort !

Il n’y a qu’un seul chemin qui longe la vallée et permet d’observer les chutes tout du long ; que nous empruntons

Les filles aiment bien les embruns qui nous rafraîchissent régulièrement, mais se tannent quand même rapidement. On pousse jusqu’au bout histoire d’avoir tout fait, et c’est vrai qu’à la fin il n’y a plus d’eau qui tombe, les rochers sont secs

Il n’est pas encore midi lorsque nous avons fini le tour. On se cherche une vue sur les chutes pour fabriquer nos sandwiches. La mortadelle fluo est immangeable. Le fromage spongieux. On se contente du pain de mie et des pommes. On ira manger une glace en ville pour se remettre, mais notre expérience des chutes se termine bien plus tôt que prévu. Et dans mon idée pré-voyagesque, on aurait pu y retourner plusieurs fois, les admirer et rester fasciné à foison, mais après les avoir vues, finalement non. C’est bien ainsi.

Mercredi matin, levés à 6h pour monter à dos d’éléphants ! Lily et moi grimpons derrière le guide sur Dumbo, mâle d’une trentaine d’années, que seul son maître a le droit de diriger, depuis 17 ans ! Zoé et Anne-Laure nous précèdent sur un jeune éléphant

et le propriétaire de la ferme marche en avant, fusil en main. Mais à part des gazelles et des phacochères, rien vu d’alarmant. La promenade dure 45 minutes et se passe super bien, nous nous promenons dans la savane en hauteur, au gré des balancements et courtes accélérations de Dumbo, ou des arrêts dégustation d’arbustes, nombreux. Le guide est très prolixe et nous raconte tout sur ses amis pachydermes.

À la fin du tour, les filles récompensent les éléphants avec des granules

et nous sommes invités à prendre un petit-déjeuner.

Du coup, un problème se pose : nous sommes mercredi matin et nous avons fait toutes les activités possibles pour nous ici. Et nous restons encore 3 jours…

Comme la pension est tranquille, c’est facile d’y rester la journée, écrire, dessiner, jouer sur les iPhones, et faire l’école

Puis nous réservons un safari pour espérer enfin voir monsieur Lion : les autres passagers se désistent à la dernière minute et nous nous retrouvons en tour privé avec le propriétaire de la pension comme guide ! Il nous emmène aux portes du Zambezi National Parc et longe le fleuve pour surprendre les animaux en ce début de soirée. Il s’avère super fort pour piéger les éléphants et on se retrouve sur leur chemin, à les observer à quelques mètres à peine

Il nous trouve également quelques vieux buffles évincés du troupeau, gonflés de testostérone, le regard fixe, la bave au coin des lèvres

Quelques girafes aussi, des rennes d’eau (waterbucks)

mais pas de lion. Nous n’aurons vu que des lionnes en Afrique.

Petit détour vers The Big Tree, le plus vieux baobab du coin, âgé de 1000 à 1500 ans

Pour notre dernière nuit, nous quittons la pension pour nous offrir un hôtel de luxe, le Lokuthula : une petite maisonnette super cute avec des poutres et des planchers en bois, et une terrasse arrière donnant sur la savane. La piscine est en avant : nous nous y jetons avec le plan mûrement réfléchi d’y glander copieusement toute la journée.

Le soir, nous avons réservé le dîner-spectacle du Boma, un gigantesque buffet de spécialités, animé par des danseurs et musiciens : il y avait au moins 250 touristes là-dedans et chacun s’est vu remettre un djumbé pour accompagner la soirée ; on a tapé comme des malades sur les peaux tendues, tellement qu’à la fin les mains de Lily étaient rouge vif ; les miennes sentaient la chèvre !

Les filles étaient surexcitées par l’ambiance ; elles se sont même fait faire des tresses et Zoé faisait l’aller-retour vers les musiciens pendant que sa sœur se faisait coiffer. Du coup on n’a peu goûté aux spécialités : Anne-Laure a recraché le vers Mopani grillé, qui avait un goût de terre puis d’épinards paraît-il. Une bonne soirée !

Samedi, l’avion pour Zanzibar ne décollant qu’à 18h, on a tout le temps de ploufer et reploufer avant d’y aller. Mais c’était trop, 1 semaine aux chutes Victoria ; ceux qui y passent 4 jours sont mieux avisés. L’Afrique n’est pas faite pour des enfants. En fait, je réaliserai à l’étape suivante qu’elle n’est même pas vraiment faite pour le tourisme : les hôtels et les sites sont là, mais il n’y a pas d’infrastructures pour les relier ; les informations sont éparses ; les horaires fluctuants ; les prix n’importe quoi.

Ce n’est pas vraiment la faute des villes où nous sommes : il n’y a pas de parcs, pas de jeux, pas de musées à Victoria Falls, mais c’est tout simplement parce qu’il n’y a rien, à Victoria Falls ! Les gens nous vendent leurs billets de 1.000.000 en monnaie locale d’avant la dévaluation contre 2$US ; les supermarchés n’ont pas d’eau, pas de liquide vaisselle, plein de conserves, peu de fruits et légumes, aucun choix ; les vendeurs de rue quémandent nos restes de pizzas ; une seule des deux stations service est ravitaillée en essence, les voitures font la queue sur 1 kilomètre, arrêtent leur moteur et descendent discuter en attendant que ça avance


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