Japon 4/4 : Trois petites îles

9 au 16 juillet 2019

Nous poursuivons notre route en Shinkansen vers l’Ouest, jusqu’à Hiroshima, puis nous prenons le bateau pour Miyajima et son fameux Tori planté dans l’eau.

C’est tout petit, l’île de Miyajima, et il n’y a guère d’endroits à visiter en dehors du bout de côte menant au port. Et il faut plutôt se dépêcher, car tout ferme à 17h. Nous commençons par le Tori et son temple, qui semble flotter sur l’eau à marée haute.

Nous faisons la file pour prendre notre photo en famille, comme il se doit,

et poursuivons la visite par la vieille bâtisse située sur un promontoire juste au-dessus. Bien entretenu, l’endroit est tout en bois, ouvert au vent, et comporte des larges peintures, ainsi qu’une vieille roue en bronze, plaquée au plafond.

Nous faisons ensuite notre petit tour dans la rue commerçante, où plusieurs pâtissiers préparent leurs gâteaux fourrés soit à la crème pâtissière, soit au Anko (pâte de haricots rouges), exécutés à l’aide d’une machine toute automatisée, qui coule la pâte, retourne les moules et emballe les petits paquets sous cellophane, ce qui fascine les filles. Nous y goûtons, évidemment.

Miyajima n’est pas fait pour les touristes qui restent ; c’est une destination de jour. Du coup, les options pour le souper sont maigres : c’est un supermarché ou un restau d’Okonomiyakis… Le supermarché est nul ; va pour l’Okonomiyaki. Il s’agit du restaurant Kishibe : un comptoir avec 10 places, juste devant la grande plaque de cuisson occupée par deux cuisinières âgées et super fines. Les clients se déplacent pour nous ménager 4 places côte-à-côte, et nous inspectons le menu : Okonomiyaki ou Yakisoba. Bon. Mais le truc excellent, c’est leur flexibilité : on peut retirer ou ajouter les ingrédients de notre choix, et la mamie prépare ces simples plats avec maestria. Le restaurant avait une note de 4.7 sur Google, et nous comprenons pourquoi à présent : ce sont les meilleurs Okonomiyaki que nous ayons goûté de tout le voyage. Lily prend des Yakisobas aux Udons, les nouilles épaisses, excellentes, pendant que je partage des Yakisobas classiques avec Zoé, tout aussi fameuses. Anne-Laure mange son Okonomiyaki au fromage et hésite à en recommander un second. Je lui en ai piqué plein de bouts. Dé-li-cieux !

Nous repassons par le Tori au coucher du soleil :

Le lendemain matin, nous descendons avec nos sacs sur le dos et prenons le temps d’admirer encore une fois le Tori dans l’eau, en passant. Nous retraversons le détroit et prenons le train en sens inverse, vers l’Est. Le Shinkansen file à 265 km/h vers Okayama

et nous y changeons pour un train de banlieue vers Uno, puis bateau vers l’île de Naoshima, qui semble être une île artistique. Il y a en effet une visite qui passe de maisons en maisons, que nous n’aurons pas le temps de faire car tout ferme lorsque nous y arrivons, à 17h. Nous faisons un petit tour dans l’île et repérons nos options pour le souper. Si fait, il est déjà 18h, et les supermarchés, les bars ferment l’un après l’autre. Finalement, il ne reste qu’un seul restaurant ouvert, et nous avons la chance d’y trouver une table. Les suivants seront refoulés.

Ce matin, nous prenons le bus pour Tsutsuji, puis la navette jusqu’au Chichu Art Museum. Il fallait réserver les billets sur Internet, nous explique-t-on. Nous faisons donc la file où on nous l’indique, pour les acheter sur place ; il reste heureusement des créneaux disponibles. Une fois les tickets achetés, il faut encore attendre 20 minutes pour avoir le droit de les retirer et entrer au musée. Zens, nous nous promenons dans les jardins alentours, fort bien aménagés autour d’une pièce d’eau à nénuphars.

Nous revenons au musée et faisons à nouveau la file où l’employée nous l’indique pour retirer les billets. La jeune fille derrière le comptoir hésite en regardant sa montre : nous sommes 1 minute en avance. Allez, elle nous fait une fleur et imprime nos billets, tandis que sa voisine tourne le panneau indiquant officiellement l’ouverture du créneau horaire. Merci la flexibilité japonaise.

Munis des précieux tickets, mais délestés de nos appareils photos interdits, nous nous dirigeons vers les blockhaus enterrés du musée Chichu. Il faut se déchausser pour avoir accès à la première salle, mais il est obligatoire de mettre des chaussons, fournis. La gardienne, prévenante, va chercher des chaussons ouverts pour mes grands pieds. Le sol est constitué d’une mosaïque blanche à petits cubes sans joints, très agréable sous les pieds, même pantouflés. L’exposition présente 4 tableaux de Monnet : les nénuphars de Giverny. L’ambiance est parfaite pour les découvrir, même si j’ai du mal avec autant de dirigisme. Pour la suite, il est obligatoire de remettre ses chaussures, que nous retirons 10 mètres plus loin pour un jeu de lumière rouge, où le cadre d’entrée devient un cadre de tableau noir.

Lorsque nous émergeons du Chichu, le soleil chauffe nos têtes et nous descendons à pied au Lee Ufan Museum.

Des oeuvres sont disposées dans le jardin et dans l’entrée de ce musée, construit en murs de béton à l’intérieur desquels l’ombre d’une pierre sert d’écran de vidéoprojection.

Nous remontons encore la route vers le Benesse House, mélange entre hôtel de luxe et musée d’art contemporain. Il y a deux grosses pierres lisses qui servent de transat au soleil ; trois pantins à taille humaine qui déblatèrent en boucle des « chat, chat, chat… » ; des photos en noir et blanc ; plein de toiles. Lorsque nous en sortons, les nuages gris sont arrivés avec le vent fort et menacent de nous tomber dessus. Nous remontons jusqu’à l’arrêt de bus de Tsutsuji en passant par le jardin du Benesse, empli de sculptures faites par Nicki de Saint Phalle,

puis en faisant une petite pause devant la Yellow Pumpkin de Yayoi Kusama.

Il y a un vent à décorner les boeufs qui nous projette du sable piquant et des gouttes de pluie sporadiques. Nous descendons du bus au Ando Museum, un tout petit musée retraçant l’histoire et l’influence architecturale de Tadao Ando sur l’île. Nous passons récupérer nos sacs à la pension, puis nous attrapons le bus vers le port où nous nous prenons en photo dans la Red Pumpkin

avant de prendre le speed boat qui relie Naoshima à l’île de Shikoku en 30 minutes. Cela vaut mieux qu’une heure en bateau normal sur cette mer agitée…

Nous atterrissons de l’autre côté, à Takamatsu. Notre maison pour la nuit est située en pleine allée commerçante couverte, mais à 17h tout est fermé et rendu au calme. Nous faisons des petites courses dans le plus vieux supermarché de Takamatsu, qui parait aussi neuf que les autres, et mangeons dans notre chambre-appartement.

Nous avions choisi un endroit proche du Ritsurin Garden, attrait principal à priori de Takamatsu. Mais pour s’y rendre, finalement, un coup de métro parait quand même judicieux histoire de ménager les guiboles enfantines.

Le jardin est assez vaste sur le plan, mais nous en faisons le tour en une heure. Il y a un étang de nénuphars, puis une magnifique étendue de lotus géants.

C’était notre marche du jour, car nous partons ce midi pour l’Ouest de l’île, en voiture qu’il me faut encore aller récupérer. Les filles rentrent d’un côté préparer les sacs, tandis que je pars de l’autre vers Orix Rent-a-car. « Ça ne me prendra pas plus de 15 minutes », avais-je annoncé. Mais contrairement au plan du jardin, Google Maps possède une échelle implacable, et 3,2 kilomètres à pied ne peuvent pas prendre 15 minutes… J’arrête donc un taxi.

Notre voiture cette fois correspond aux canons japonais : petite, carrée, et étroite. Parfait pour les routes de l’île. Et étonnamment assez spacieuse à l’intérieur.

Nous partons pour Matsuyama, qui peut se faire avec deux routes : l’express en 3h, ou la scénique côtière en 5h30. Nous préférons la seconde option et, après le diner, longeons la côte pour l’apprécier. Nous traversons des patelins assez laids, pas de plages ni de campagnes, juste des enchainements de maisons en tôle, rien de magique, et suivons des camions la plupart du temps. Nous abandonnons donc la route côtière et terminons par l’express, tant pis.

Nous sommes à l’hôtel, à Matsuyama, au bout de la rue du Dogo Onsen : un des plus vieux du japon, qui offre des bains publics depuis au moins 1000 ans parait-il. L’édifice est absolument magnifique, bien qu’en rénovation et couvert d’échafaudages sur une face. Il aurait servi d’inspiration à Miyazaki pour Le voyage de Chihiro. Nous payons les 400 yens chacun et nous divisons homme et femmes. Des casiers sont disponibles avec une clef attachée à un bracelet élastique. Je me déshabille et y fourre toutes mes affaires, à l’exception de mon savon, puis je fais glisser la porte de bois. La chaleur et la vapeur m’assaillent agréablement. Je me lave tranquillement sur le bord, puis je vais me plonger comme tout le monde dans la grande vasque carrée, dans lequel un tonneau de pierre gravée déverse son eau brûlante. Chouette endroit, un brin hors du temps, tout ce qu’il faut pour se relaxer. De leur côté, les filles réussissent l’exploit de se baigner dans le bain brûlant pour la première fois ; elles en sortent toutes rouges mais fières. Anne-Laure est bien contente d’avoir pu se baigner avec ses filles pour une fois. Une belle expérience pour chacun de nous.

Ce soir, nous repassons devant le Dogo à 20h pile, au moment d’une projection sur les murs : toute une histoire médiévale racontée en images et musique pendant 5 minutes ;

on se croirait à Québec devant le Moulin à images projeté sur les silos à grains en 2008 !

Le temps est tout pourri le lendemain et nous conduisons sous la pluie à travers les montagnes, sur des routes étroites et tortueuses. Lily finit devant car elle ne se sent pas très bien. Nous mettons des heures à franchir quelques kilomètres, mais le paysage entre les montagnes est super beau, et la pluie abreuve les cascades et les torrents en chemin.

Les restaurants sont quasi-inexistants : nous finissons par manger sur une pauvre table abritée devant un supermarché et, pour nous remonter le moral, visons une boutique de crêpes située à 5 minutes de là selon Google. Ce ne sont pas des crêpes ; seulement des cakes et glaces au thé vert… Déception. Les filles se contentent tout de même d’une excellente glace vanille et Anne-Laure de petits biscuits. Ça fait aussi une pause à l’abri de la pluie.

Ce soir, nous dormons au Momongo Village, une guest house où nous sommes accueillis par des français qui parlent un japonais impeccable. En attendant le souper, les filles ont la joie de pouvoir regarder Ponyo, de Miyazaki, en japonais s’il vous plait, car d’autres petits amis gravitent autour également. Ce Momongo Village est idéalement placé pour nous qui voulons emprunter une route scénique le lendemain, mais aussi pour les amoureux du kayak grâce à son emplacement sur la rivière.

Notre route scénique est parsemée de ponts de singes faits en lianes. Bon, en fait, une structure sous-jacente en câbles métalliques tendus permet de faire tenir le tout, mais ils ont enroulé de véritables lianes tout autour, ce qui rend assez bien.

Et les marches en bois sont suffisamment espacées pour faire stresser Zoé, qui finit à bras. Honnêtement, il faut faire attention pour ne pas mettre le pied entre deux.

Au second arrêt « Pont de singes », ils ont fabriqué un pont spécial Hommes,

un deuxième spécial Femmes, puis ont ajouté une tyrolienne avec nacelle en forme de petite maison. Il faut tirer la nacelle à soi, y embarquer puis tirer la corde de l’intérieur jusqu’à se rendre à l’autre extrémité.

Je le fais avec Lily puis Anne-Laure suit avec Zoé. On rigole bien.

Il pleut par intermittence, mais rien d’alarmant pour l’après-midi qui se prépare, et heureusement, car nous devons grimper le Mont Tsurugi pour y dormir. Nous prenons juste deux petits sacs avec le minimum d’affaires pour une nuit, et laissons la voiture pour accéder au télésiège qui nous offre une montée facile de 10-15 minutes. Ensuite, il nous faut encore marcher 40 minutes sur le sentier qui monte. Nous avons les nuages tout autour de nous, pas de vue au-delà de notre pan de montagne.

Et pas de bol, lors du dernier quart d’heure de marche, la pluie tombe subitement, une vraie averse. Zoé qui marchait comme un cabri était déjà devant avec Anne-Laure, mais cela ne les a pas empêchées d’arriver aussi rincées que Lily et moi au gite de montagne. Nous nous réchauffons avec le thé offert et faisons sécher les affaires sur un fil à linge installé par défaut dans les chambres ; ils ont l’habitude. Il est seulement 16h, nous prenons le temps d’écrire un peu, de jouer et de dessiner avant le souper.

Cette nuit, nous dormons au sommet du Mont Tsurugi, la deuxième plus haute montagne de Shikoku, à presque 2000 mètres ; la classe !

Le lendemain, la brume ne s’est pas levée, et nous allons vérifier sur l’autre face de la montagne si une vue s’offre à nous. Que nenni.

Nous descendons donc un peu dépités, mais tout de même contents de notre nuit, jusqu’au télésiège qui nous ramène en bas. Il est alors seulement 9h ; nous sommes partis tôt du refuge et avons donc toute la journée devant nous avant de rejoindre notre ultime dodo. Nous décidons de partir en pèlerinage, car il se trouve que l’île de Shikoku abrite pas moins de 88 temples : un pèlerinage de 1200 kilomètres. Nous utilisons la technique du plus pour le moins et proposons à Zoé de faire 88 temples. Refus complet et hystérique. Bon, alors seulement 3 ? Accord immédiat. Nous partons pour Naruto au Nord-Est, où se trouve le temple No1 (ils sont numérotés, tout est pratique au Japon).

Ce temple possède une belle porte d’entrée en bois, et un temple bouddhiste à l’intérieur éclairé par des lanternes dorées et un plafond de bois peint d’un beau dragon rouge. Chose étonnante, au fond du temple se trouve une sorte de chapelle avec du carrelage au sol, des bancs et un autel doré : on se croirait dans une église catholique.

Le temple numéro 4 possède une superbe porte rouge,

derrière laquelle nous croisons deux pèlerines en tenue officielle de pèlerinage : kimono genre judo en deux parties, blanc, chapeau conique, sacoche sur le flanc et bâton agrémenté d’une clochette pour éloigner les ours. Leur tenue est toute neuve, et leur pèlerinage se fait non à pied mais dans leur Honda Fit. Pèlerin mi-moderne, donc.

À l’intérieur du temple se trouve 33 statues de Kannon, des petits bouddha debouts et dorés.

Nous finissons par le temple numéro 5, où figurent 200 statues de Rakan, ces disciples qui ont atteint le Satori (nirvana japonais). C’est assez difficile à trouver, car le temple abritant ces statues est situé en arrière, sur une route sans indication. Le temple principal en bas avait quelques visiteurs, mais celui du haut, aucun. Nous avons donc les statues juste pour nous.

Nous prenons la route pour l’étape finale, de retour vers Takamatsu. Nous dormons à l’APA Hôtel situé juste à côté de l’aéroport, bâti devant un office d’Orix rent-a-car où nous rendons la voiture. Toujours pratique. Le restaurant de l’hôtel se trouve être excellent, par chance, et nous devons choisir ce que nous mangerons pour notre dernier souper au Japon.

Demain, nous décollerons pour Tokyo Narita, et de là, Los Angeles (où nous arriverons avant d’être partis le 16 juillet), Toronto, puis Québec enfin, le 17 juillet.

Petit bilan chiffré sur l’année :

Nous avons pris 57 avions en tout (bonjour l’empreinte carbone), avec deux seuls vols aux retards très emmerdants : Aerolineas Argentinas pour Buenos Aires, et WestJet pour Toronto.

Emirates conserve la palme d’or de la meilleure compagnie aérienne.

Nous sommes passés par 24 pays et avons marché en moyenne 6,5 km par jour, soit 2500 bornes en tout ; nous avons plus marché en une journée à Singapour (17 km) qu’au Kilimanjaro (13 km).


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