Casa en sprint

10 au 12, et 13 septembre 2018

Air Maroc est absolument imbattable question prix pour relier l’Amérique du Sud à l’Afrique, raison de notre passage éclair à Rio, et maintenant à Casablanca, avant de rejoindre notre destination réelle : le Cameroun. Anne-Laure avait réservé un appartement en plein cœur de Casablanca, à proximité d’absolument tout, tant en transports qu’en boutiques et restaurants ; on a donc exploré la ville à pied.

Voici quel était notre gros problème : nous n’avions pas compris qu’un visa camerounais ne se délivrait pas à l’arrivée à l’aéroport ; qu’il fallait auparavant se rendre à une ambassade, remplir la demande avec photos, fournir la preuve d’une invitation locale dûment signée par le maire local (ça prend 3 jours au Cameroun), plus les copies d’un billet d’avion retour et d’un compte en banque suffisamment garni. Si tout était complet, le consulat de Rabat, situé à 1h de Casablanca, nous assurait d’un visa délivré sous 3 jours, sans compter le Nouvel an musulman, férié.

Et nous n’avions que 2 jours prévus à Casa. Et pas encore d’invitation certifiée. La merde, quoi.

Nous avons d’abord paré au plus urgent : faire le souk et manger un couscous. C’est vrai, quoi : nous étions venus pour ça ! On a donc traversé la Médina, admiré les théières, le travail du cuir, et acheté des foulards pour les filles en prévision des visites de mosquées. Puis nous sommes allés au Dar Beida, situé dans le Hyatt, manger tagines et couscous sous un décor de tentes du désert, finement accompagnés par un joueur de Oude. Le grand luxe.

Le lendemain, nous sommes allés acheter une djellaba pour qu’Anne-Laure soit couverte durant la visite de la très grande mosquée Hassan II

Nous sommes arrivés un peu trop tard pour visiter, mais un guide accompagnant un groupe de québécois nous a proposé de rejoindre son tour privé ; nous nous sommes donc retrouvés à peu près seuls dans cet immense espace finement décoré

du lieu de prière

jusqu’aux salles d’ablutions

Petit détail technique amusant : la grand porte ne s’ouvre pas sur ses gonds, mais se glisse vers le haut, dans le mur, un peu comme une guillotine

Puis nous sommes allés voir la mer. La plage publique de Casablanca est couverte de déchets qui forme une ligne poussée par la mer. Les égouts s’y déversent également. Et des poneys y sont loués aux touristes, ajoutant quelques déchets organiques au paysage. Nous avions promis aux filles d’aller à la plage, alors nous sommes restés, installés entre des chaises en plastique, des parasols crasseux et des joueurs de football improvisés. Les filles ont joué au bord de l’eau avec d’autres enfants ; Zoé revenait en courant toutes les 2 minutes pour nous répéter les mots d’arabe qu’elle venait d’entendre.

Il a alors fallu prendre la grande décision qui s’imposait : prolonger notre séjour marocain le temps d’obtenir les visas camerounais, et réduire d’autant notre séjour à venir avec nos amis au Cameroun. On a changé nos billets d’avion et passé la nuit à organiser notre semaine inattendue, entre Rabat pour les visas, Fès pour l’artisanat, et Marrakech pour les souks, entre autres, avec réservations des premières nuits. Mon père également est venu se greffer au menu pour le week-end, qui promettait ainsi d’être agréablement rempli. Nous avons loué une voiture et, finalement assez contents de ce temps imprévu qui s’offrait à nous, sommes partis sur les routes vers le Nord, direction Fès.

En plein autoroute, notre amie Vanessa au Cameroun, également avocate, nous a appelé : tout était arrangé, elle avait la certitude de pouvoir nous obtenir une autorisation du commissaire de police principal de l’aéroport pour nous délivrer nos visas à l’arrivée. J’avais lu tous les forums ; c’était complètement impossible : les gens se faisaient refouler et devaient reprendre l’avion en sens inverse ; la plupart des compagnies aériennes ne laissaient même pas monter les touristes sans visas dans l’avion pour commencer. Mais Vanessa était très persuasive, elle voulait absolument nous montrer les cérémonies exceptionnelles qui devaient se dérouler cette fin de semaine dans son village, et elle a utilisé un argument choc : « en Afrique, vous verrez, tout est possible. »

Alors on a fait demi tour, rechangé les billets d’avion pour le soir même, décommandé mon père pour le week-end, rendu la voiture à peine louée et, tous fébriles, sommes partis pour l’aéroport. On a passé les contrôles de douanes sans que personne ne nous pose la moindre question à propos de nos visas. On a grimpé dans l’avion. Attendus 2h dedans pour cause d’orages. Puis avons décollé pour le Cameroun. Les filles étaient toutes excitées, mais Anne-Laure et moi n’étions vraiment sûrs de rien.

Nous avons atterri à Yaoundé avec le levé du soleil, nous avons montré nos carnets de vaccination puis patienté dans la file avant le passage aux douanes, tous nos petits papiers et arguments sagement préparés.

La douanière n’a pas aimé ça du tout, du tout. Certes, les photocopies noir et blanc des lettres signées du commissaire de l’aéroport que Vanessa avaient prises en photo et transmises in extremis, ont eu leur petit effet, mais la douanière en cette fin de nuit hésitait : « allez voir la dame, là ». La dame, dans une magnifique tenue traditionnelle, mais non-officielle, a pris nos passeports et est allée discuter avec un autre douanier. « Vous êtes 4, c’est 400 $US ; 200 000 francs CFA ». Je suis sorti de l’aéroport pour retirer l’argent puis suis rerentré dans la zone sécurisée avec mon pactole pour l’offrir à la dame, qui l’a passé au douanier : « il manque un billet ». Sueur froide, j’avais retiré le montant exact. « Ah non, j’avais mal compté. Madame, allez avec les passeports, là ». Anne-Laure obtempère, passe par une porte, puis revient, sourire en coin mi-rassuré : « je crois que je l’ai réveillée, elle n’a pas l’air de très bonne humeur ; elle demande que tu y ailles ». Alors j’entre dans la tanière où une femme est assise derrière un bureau, une couchette tout juste défaite dépliée contre le mur. Elle a commencé par m’engueuler car « elle voulait reprendre le sommeil ». Je nous ai excusés. Elle m’a demandé où nous étions passés tout ce temps ? « Ben, là, dans le couloir, avec la dame… » « Quelle dame ? » « Je ne sais pas ; une dame… » « Il fallait venir me voir ! » Une porte blanche parmi d’autres, pas de pancarte, comment aurions-nous pu savoir ? De toute manière, à cet instant, la douanière du début vient s’asseoir dans le bureau avec nous ; elle savait très bien vers qui elle nous avait sciemment dirigé. La femme gronde, mais prend ses tampons et encriers, et signe nos visas. Nous sommes régularisés, et officiellement entrés au Cameroun !

Nous quittons les douanes avec nos bagages et allons nous enregistrer sur le vol Yaoundé – Douala, pour rejoindre nos amis et entamer notre aventure africaine, où « tout est possible ».


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